Antisémites et antisémitisme à la Chambre des députés sous la IIIe République

Par Laurent Joly
Français

Presque toutes les grandes crises politiques qui ont marqué l’histoire de la IIIe République se sont accompagnées d’intenses campagnes antijuives, qui n’ont pas épargné la Chambre des députés, lieu majeur d’expression du politique et véritable cœur du pouvoir. En 1895, une poignée de députés disciples d’Édouard Drumont parviennent à initier un grand débat sur la «question juive», qui se déroule devant une assemblée clairsemée et dubitative. Trois ans plus tard, une trentaine de parlementaires issus de la nébuleuse nationaliste se constituent en groupe. Mais la haine du Juif ne fait pas un programme politique, l’indigence des propositions antisémites apparaît vite au grand jour et la plupart des députés antijuifs, désireux de faire carrière, se reconvertissent dans le conservatisme catholique. De fait, en 1936, la remise en cause de la place des Juifs dans l’État et la société s’est banalisée, et l’un des représentants les plus importants de l’opposition de droite, Xavier Vallat, peut agresser Léon Blum en disant «tout haut» ce que, beaucoup, à la Chambre et dans l’opinion, pensent «tout bas».